David Hockney : des piscines californiennes à la joie simple   du paysage 

David Hockney : des piscines californiennes à la joie simple   du paysage.

Jean-Marie Wynants
La dévotion de David Hockneyau travail est peut-être un des choses qu’on oublie trop souvent à son propos.Reuters.
 Mort ce jeudi 11 juin à Londres, David Hockney laisse une œuvre, entre peintures, photographies et film, surtout liée au portrait et au paysage.  
 
Figure majeure de l’art des XX et XXI e  siècle, David Hockney aura traversé le temps en s’affranchissant des modes, tout en se passionnant pour toutes les nouveautés. Proposant de grandes œuvres figuratives dans les années 1960, alors que la mode était à l’abstraction et au pop art, il fut, dès 2010, l’un des premiers à créer directement sur iPhone, puis sur iPad. Surtout, son œuvre aura presque toujours été autobiographique, s’inspirant de sa famille, de ses amis, de ses amants, des lieux où il vivait…
Né le 9 juillet 1937 à Bradford, au Royaume-Uni, il y avait fréquenté l’école d’art avant d’étudier au Royal College de Londres. « J’ai toujours su que je devais quitter Bradford », nous racontait-il lors d’une visite dans sa propriété normande en 2022. « J’ai obtenu une bourse d’études pour le Royal College of Art et une petite subvention avec laquelle je pouvais tout juste vivre. Mais dès ma deuxième année, j’ai commencé à vendre un peu mes œuvres. Et je suis donc devenu un riche étudiant. Je pouvais m’acheter des fardes de cigarettes. Puis, en 1961, je suis allé pour la première fois à New York. J’ai trouvé ça incroyable : la ville où on ne dort jamais, les restaurants ouverts 24 h sur 24… »

9 juillet 1937

Bradford Royaume-Uni


Bradford est une ville située dans le Yorkshire de l'Ouest en Angleterre, au pied des Pennines, à 14 km à l'ouest de Leeds et à 26 km au nord-ouest de Wakefield.

1937-2026

figuratif - abstraction

oeuvre autobiographique

tableau - photo -vidéo ) crée directement sur Iphone puis Ipad

L’Amérique, nouvel horizon créatif

Les Etats-Unis deviennent son terrain de jeu et sa nouvelle patrie. C’est là aussi qu’il se crée un look qui va le distinguer de son entourage. « Les cheveux blonds, c’est venu lors de mon premier séjour à New York. On regardait la télévision et il y a eu une publicité pour se teindre en blond : ❝ Blondes have more fun…❞ (Les blondes s’amusent plus…, NDLR). Je vivais avec un garçon à Brooklyn et je lui ai dit : ❝Pourquoi ne pas essayer ?❞ On a acheté ce produit et j’ai trouvé que ça m’allait bien. Puis je suis rentré à Londres, alors qu’un de mes frères partait en Australie. Je suis tombé sur ma famille à la gare. Ma mère m’a dit : ❝C’est quoi ça ?❞ J’ai prétendu que j’avais utilisé un shampoing trop puissant. Et j’ai gardé ce look pendant des années en faisant une teinture tous les deux mois. »
Dès 1964, il quitte New York pour Los Angeles. « Ce n’était pas une ville de nuit comme New York. C’était une ville de jour. Les gens du secteur du cinéma commençaient à travailler dans les studios à 7 h du matin et se couchaient à 22 h. (…) A L.A., d’où qu’on venait, tout le monde était le bienvenu. En 1964, c’était encore une ville très importante pour le cinéma. On pouvait tout y faire, car à Hollywood on avait toujours la garantie d’avoir de bonnes lumières et un bon son. »
Dans la capitale mondiale du cinéma, David Hockney trouve des personnages et des décors à son goût. C’est en Californie qu’il peint, en 1967, son œuvre la plus célèbre, A Bigger Splash. Aujourd’hui, encore, ce tableau conserve un côté mystérieux. On l’a bien sûr associé au mouvement pop art ainsi qu’à la photographie et au cinéma, deux domaines qu’il a également explorés.
De ce tableau, on retient généralement la composition impeccable, le ciel bleu, l’architecture d’une villa moderne et, bien sûr, la gerbe d’eau qui donne son titre au tableau. Quelqu’un vient de plonger, mais aucun corps n’est visible. Lorsqu’il réalise cette toile, cela fait déjà un moment qu’il représente des architectures modernes, des piscines d’un bleu éclatant et des personnages dans des intérieurs design comme il en trouve un peu partout dans les milieux arty californien.
 
Pour David Hockney lui-même, une autre chose était essentielle dans ce tableau : la technique utilisée. Il travaille en effet avec la peinture acrylique qu’il applique au rouleau avant de finaliser les détails avec divers pinceaux. Tout est parfaitement clair, délimité, proche d’une composition géométrique abstraite. Pourtant, c’est bien d’un paysage californien qu’il s’agit, avec ses deux minces palmiers en fond, le reflet des bâtiments voisins dans la baie vitrée et une chaise vide rappelant celles des tournages hollywoodiens.
Et puis, dans ce monde parfait, un corps désormais invisible s’est élancé sur la planche et a plongé dans la piscine, faisant surgir la vie dans un décor figé. Hockney racontait volontiers qu’il avait adoré peindre ce moment suspendu où les gerbes d’eau s’élèvent dans les airs. Et que cet événement de deux secondes lui avait demandé deux semaines de travail

1961 - New-York

1964 - Los Angeles

cheveux blonds

A Bigger Splash

Aujourd’hui, encore, ce tableau conserve un côté mystérieux. On l’a bien sûr associé au mouvement pop art ainsi qu’à la photographie et au cinéma, deux domaines qu’il a également explorés.
De ce tableau, on retient généralement la composition impeccable, le ciel bleu, l’architecture d’une villa moderne et, bien sûr, la gerbe d’eau qui donne son titre au tableau. Quelqu’un vient de plonger, mais aucun corps n’est visible. Lorsqu’il réalise cette toile, cela fait déjà un moment qu’il représente des architectures modernes, des piscines d’un bleu éclatant et des personnages dans des intérieurs design comme il en trouve un peu partout dans les milieux arty californien.
 
Pour David Hockney lui-même, une autre chose était essentielle dans ce tableau : la technique utilisée. Il travaille en effet avec la peinture acrylique qu’il applique au rouleau avant de finaliser les détails avec divers pinceaux. Tout est parfaitement clair, délimité, proche d’une composition géométrique abstraite. Pourtant, c’est bien d’un paysage californien qu’il s’agit, avec ses deux minces palmiers en fond, le reflet des bâtiments voisins dans la baie vitrée et une chaise vide rappelant celles des tournages hollywoodiens.
Et puis, dans ce monde parfait, un corps désormais invisible s’est élancé sur la planche et a plongé dans la piscine, faisant surgir la vie dans un décor figé. Hockney racontait volontiers qu’il avait adoré peindre ce moment suspendu où les gerbes d’eau s’élèvent dans les airs. Et que cet événement de deux secondes lui avait demandé deux semaines de travail

Le retour au pays

Car cette dévotion au travail est peut-être une des choses qu’on oublie trop souvent à son propos. Il laisse derrière lui tellement de toiles, de dessins, de compositions photographiques, de films, qu’on a fini par y voir la marque d’un surdoué produisant à un rythme soutenu avec un peu trop de facilité. Or, ce qui le caractérisait avant tout était son acharnement au travail, son goût pour les disciplines les plus variées et son intérêt pour toutes les nouveautés surgissant dans son champ de création.
A propos de sa décision d’étudier dans une école d’art, il racontait en 2022 : « Un voisin me disait : ❝Des tas de gens qui vont dans les écoles d’art ne travaillent pas.❞ Je lui répondais : ❝Moi, si j’y vais, je vais travailler dur.❞ Et c’est ce que j’ai fait. J’étais à l’école de 9 à 21 h, car quand on suivait les cours réguliers, on pouvait aussi rester aux cours du soir. C’est ainsi que j’ai appris à dessiner. Et apprendre à dessiner, c’est d’abord apprendre à regarder. »
 
Après les années américaines, il avait retrouvé son Yorkshire natal à partir de la fin des années 90, avant de s’y fixer en 2005. Là, il avait redécouvert les paysages de son enfance qu’il s’était alors mis à peindre avec gourmandise. Il avait ensuite fait de même avec les paysages de Normandie où il s’était installé. Dès 2010, il avait commencé à créer directement sur iPhone, puis sur iPad, immortalisant le rythme des saisons.
Lorsque nous l’avions rencontré dans le paysage enchanteur de sa propriété de Rumesnil, on nous avait prévenus qu’il était fatigué, que l’entretien durerait 40 minutes au maximum et que les photos ne pouvaient se faire qu’à un seul endroit. Après une heure, lorsque nous lui avions demandé s’il voulait s’arrêter, il nous avait regardés avec étonnement, nous encourageant à continuer. Durant près de trois heures, il s’était raconté avec un mélange de simplicité et d’espièglerie. Un vieux gamin qui, dans les années suivantes, allait continuer à travailler encore et encore, faisant jaillir la lumière et les couleurs dans ses paysages et multipliant les expositions. Il avait rassemblé plus de 165.000 personnes à Bozar en 2021-2022, avant de faire courir les foules à la Fondation Louis Vuitton en 2025, année où on avait aussi pu le retrouver au Musée des Beaux-Arts de Mons, en compagnie de Van Gogh notamment. Deux amoureux du paysage et de la lumière.

voir photos lightroom décembre 2025 (Mons avec Stephan)